Theo

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dimanche 23 juin 2024

Méduse

A la proue d'un vaisseau la Gorgone fixait
de son regard maudit les mirages des flots
tous les sombres destins encerclant les îlots
où rien ne vivait rien qui ne fut dans le vrai

Ses deux yeux, on eut dit, deux abîmes béants
Sa chevelure, elle, tout un nœud de vipères
s'agitant en vagues au-dessus de ces mers
qui ne bordaient rien rien d'autre que le néant

As-tu donc, Matelot, contemplé les horreurs
enfouies dans ces gouffres sans espoir et sans fond?
Il est des abysses dévoreuses de cœur
dans lesquelles la mort aux ténèbres se fond

Le marin ne sait rien rien des monstres tapis
dessous les écumes et les bleus enjôleurs
C'est pour ça qu'elle est là cette vigie impie
avec son regard fou submergé de terreur

C'est pour ça qu'elle est là sous le mât de Beaupré
- Méduse qui jamais ne fermera un œil -
à guetter sans répit les ombres amarrées
pour sauver ses frères du danger des écueils

A la proue d'un autre, Eurydice implorait
en tenant dans sa main le flambeau de la vie
telle une Liberté chevauchant l'Infini
Sur l'autre rive au loin, c'est Orphée qui pleurait


Les corpuscules ultramondains


Ce qui nous pousse 
les uns vers les autres
dans cette foule 
monstrueuse
ce sont toutes ces têtes coupées
qui jamais ne finissent 
de rouler
Billes de terre
Boules de geisha
Pommes duchesses
Reines du bal
Belles des champs magnétiques
Bombes à pronoms
possessifs 
Possessions maléfiques
Mines antipersonnel
Accélérateurs de particules
Autant d'impacts 
dans nos peaux cibles
qui nous bousculent
qui nous renvoient
qui nous projettent
...



Le chaudron d'enfer

A son gibet de fer forgé
un diable nu, d'un noir clergé
se balançait au gré des vents
et sous les cieux toujours mouvants

On venait là par tous les temps
les jours de pluie, les soirs d'autan
chercher l'oubli dans le breuvage
loin de nos mers et leurs rivages

On s'y contait bien des tempêtes
L'orage nait d'un dieu qui pète
On y laissait bien des tourments
et des chagrins de vieux gréements

'Y avait du rhum bien arrangé
des filles de tous les dangers
qu'avaient cents yeux pour s'y noyer
autant de seins pour y prier


Temps

Dans leurs bras balanciers
Que bercent nos pendules?
Tic tac tic tac
Du temps
tic tac tic tac
Quel temps?
Des soleils sous tension
Des lunes qui ondulent
Un temps périt
un tant soit peu
dans la tempête
Intemporel ou imparfait
Tempo fugit
car du temps, Damoiseaux
jamais vous ne guérîtes
Sonnez les Matines!
Soufflez dans vos trompettes!
Ces mi-temps, ces temps morts
ces tant pis ces tangibles
ces tangos tentateurs
ces cités tentacules
ces jours trop en avance
et ces nuits qui reculent
Tant et tant de Tantale
de Sisyphe pour cibles!
Clic clac clic clac
Un Instant
Click and collect le temps
Il est temps à nouveau
de jouer du Aubert
si ce temps paraît long
sous le poids du haubert
Calendes de l'avent
Jolies fêtes d'antan
C'est le temps des cerises
la saison des amours
A l'ombre d'un saule
voir Solaar qui pleure
Les temps changent
Le temps presse
coupe court
et meurt
Voudrais-tu que ce temps
aille donc à rebours?



Janvier

Lorsque s'en vient Janvier et ses anges lurons
Peut-être verrez vous des fées au coin des flammes
filer leurs quenouilles loin des villes goudrons
Des nues, elles tissent les laines polygames

en folles bergères parfois en "chanmé" moires
tricoteront elles à un rythme effréné
des gerçures bleues passées à l'écumoire
et des gelées d'hiver au cou de Séléné


Pause

Sous l'antique arbre du grand parc
- un saule qui avait cent ans -
Nous avions caché notre barque
à l'abri des yeux insistants

Entre deux gazouillis d'oiseaux
Je te lisais les Orientales
Le vent jouait dans les roseaux
Tu rêvais à l'horizontale

de déserts blancs et de palais
dont les reflets tels des mirages
sur des eaux vertes vacillaient
Doucement je tournais les pages

pour ne point troubler le quai quiet
Il m'arriver de murmurer
ces vers semeurs d'éternité
Un chat filait sur un muret


samedi 22 juin 2024

Sucre d'Ogre

Ensemble nous buvons le vin vert de la mort
dans l'obscurité bleue d'une chambre d'hôtel
Avons-nous trop péché? Avons-nous le remords
qui nous mange le cœur en maître du cheptel?

Entre ces murs poumons, le temps se perd -dissout-
comme un sucre craintif au bord de la cuillère
Toi, tu es sans espoir, moi, je n'ai plus un sou
Demain, nous revendrons la plus belle théière

Pour goûter un peu plus au paradis perdu
qui s'échappe parfois de la Dive Bouteille
d'une ville fontaine au flot bien défendu
Nos vers ont douze pieds, soixante-six oreilles

Voyelles, la longueur des verges des pendus
qui font sous le gibet pousser la mandragore
Consonnes, la fureur de tous ces mots fendus
Hashtaguons les bourreaux! Pas le porc de Bigorre!



Grimm Age


J'aurais pu écrire des contes à la Grimm
peuplés de sorcières, de loups et de chevreaux
mais ma plume -hélas- n'en voulait qu'à la rime
cette fichue reine sapée comme un bourreau

Qui eut coupé la tête à mes folies d'un soir
ou rien qu'un pied en trop à ces vers nouveaux nés
pour qu'il y eût toujours un foutu encensoir,
un boudoir amoureux au rose suranné

Aussi de ces beautés aux chevelures maures
aux seins conquistadors et dont les fronts d'airain
triompheraient gaiement des fanges de l'aurore
pour clôturer enfin de langoureux quatrains

Il fut un temps pourtant où j'érigeai colonnes
lexicales verges aux urgences précieuses
Il fut un âge d'or où j'adorai l'automne
ses braises avides, ses lunes périlleuses

Ô je ne comptais rien si ce n'est les étoiles
les petits grains de sable coincés entre les pages
et sur les bleus au cœur filaient de grandes voiles
J'entendais Ligeia dans tous les coquillages


L'âme du Monde


J'ai déposé un brin de bruyère séché
pour retrouver la page où je t'ai tant cherchée
C'était hier, c'était naguère ou bien jadis
Les ans s'en viennent, les ans s'en vont dix par dix

Pour regagner la page où je t'ai rencontrée
Moi je me suis perdue dans trop d'autres contrées
C'était un temps assis au bord d'une fontaine
dans l'antique cité aux marquises hautaines

Une reine amazone au sein marmoréen
chevauchait un Pégase accrochée à son crin
A l'ombre des cyprès, les Senecio rêvaient
quand les roses d'antan doucement s'entrouvraient

Don Quichotte sabrait des campagnes sans vent
d'invisibles moulins dont les ailes souvent
chuchotaient à nos coeurs quelques proses trémières
Ondine souriait là-bas sous la lumière

d'un matin printanier aux accents d'oranger
Ici, ce petit pont aux dentelles forgées
enjambait un ruisseau serpentin silencieux
Tout respirait l'amour et tu fermais les yeux

pour saisir l'essence de l'âme du monde
où les rois et les fous ensemble vagabondent
Tempérance penchée au-dessus d'un bassin
méditait son reflet emmêlé de desseins


jeudi 30 novembre 2023

Les Enfers pavés

Si longtemps j'ai guetté dans les vers et les rimes
la folie de Pythie, le souffle de Sibylle
et je me suis nourrie des plus noires des biles
jusqu'à descendre au fond de mes propres abimes


Qu'aurais je voulu être? Otage? Orage? Oracle?
J'avais des complexes et autant de syndromes
Un Œdipe inversé Cassandre ou bien Stockholm
Tout n'était que débats, délires et débâcles


Hululais je? Hurlais je à ces lunes trop pleines?
QUI du loup? Du Hibou? De l'Ogre? De l'Enfant?
Qu'ont donc les poètes de vraiment terrifiant?
Mère-Grand comme Arthur s'en venaient des Ardennes


Car là-bas, m'a-t-on dit, des écharpes de brume
qu'auraient tissées en chœur les aurores, les soirs
pendent avec charme aux cous des monts tous noirs
Si tu lèves les yeux, c'est la voûte qui fume!


Comme ce mage gris assis sur le rivage
s'amuse de ces ronds, de volutes exquises
Le ciel est en nage, coiffé d'une marquise
jouant de son hautbois au milieu des nuages


Le long d'une eau sans nom, me voici à rêver
de l'effet sur nos coeurs d'un couplet enchanteur
Le Temps est ainsi fait de bleuets et de leurres
recouvrant volontiers nos beaux Enfers pavés. 

mercredi 21 juin 2023

Des Astrophages

Il faudrait pour tisser toiles d'or et d'argent
dévorer le soleil puis avaler la lune
mais l'Hiver a régné trop longtemps sur la dune
recouvert nos bouches d'un suaire affligeant.

Dis-moi qu'il est des soifs, des soifs inextinguibles
Dis-moi qu'il est des faims qui jamais ne s'apaisent
Dis-moi que des souffles s'échapperont des braises
Dis-moi qu'à Poesis tout est encor possible...

Dis-moi qu'il est des mots dont on ne guérit pas
des mers immortelles au bout de l'horizon
et des larmes de feu comme mille tisons
qui font fondre les cœurs sur les aires de combat.

Je mangerai les nues pour faire un rêve bleu
Bien plus bleu que l'azur inondant Santorin
Bien plus bleu qu'un génie exhausteur d'Aladdin
Plus bleu que la tête de cet oiseau sans queue?

Il faudrait pour tisser toiles d'os et d'orient
dévorer cauchemars puis avaler le sable
qui coule des panses, des six bottes du Diable
Il faudrait comme lui trépasser en riant!

Dis-moi qu'il est des maux qui s'oublient dans l'opium
des douleurs arc-en-ciel au bout des perfusions
des astres amoureux, des volcans d'effusions
des reines à quérir dans d'étranges royaumes.

Dis-moi qu'il est Eden par-delà les abîmes
des songes et des miroirs dont on ne revient pas
des bordées d'aigles fous dans les yeux des sherpas
Dis-moi que les chamans mastiquent bouts de rimes.

Je mangerai l'éther pour naître à demi-dieu
sur la grève brûlée d'un ancien archipel
Les vents s'endormiront aux creux d'une chapelle
où pousseront des fleurs entre ses murs plus vieux.

vendredi 16 juin 2023

Le Heurtoir

Je tenais dans ma main - ce soir - une autre main
Celle d'une femme - elle était dure et froide
Sa main dans la mienne - sur le seuil du destin
toquait à la porte - quatre coups en saccades.

Mais personne ne vint. La porte resta close.
La main ne bougeait plus. Serait-elle endormie?
Alors entre ses doigts - je glissai une rose
puis partis tristement non sans avoir promis...

de revenir un jour...ce que je fis longtemps
longtemps après. La porte était encor fermée
et la main disparue. Alors le cœur battant
je saisis un soleil. Me voilà bien armée

pour cogner sans vergogne aux vantaux du hasard
mais l'astre me brûla et laissa dans ma paume
un visage tout noir. C'était celui d'Ishtar.
J'emportai avec moi le douloureux fantôme

Car la porte jamais n'accepta de s'ouvrir
même après que tant d'eau eut coulé sous les ponts
La mousse sur le bois vint lentement fleurir...
Un marmot à présent rêvait sous ses jupons.


London Box

Je reviens d'une nuit toute agitée de rêves
le nom d'une ville sur le bout de mes lèvres
Poème, quant à lui, s'est enfui comme un lièvre
m'a posé un lapin - plantée là sur la grève!

Quand on dort, parait il, le cerveau ralentit
du côté de Wernicke ( Oyez les nycthémères!)
du côté de Broca... Un gamin "Nique tes mères!"
dans la rue endormie - Descendez ce yéti!

On ne lit ni n'écrit lorsque les hommes songent
Cette idée chez savants fait l'unanimité
Et pourtant l'exception à tous ceux habités
tout le jour par ces mots dont ils sont les éponges

Je reviens d'une nuit secouée d'illusions
Une fille blonde récitait mon poème
sur un bout de trottoir et la lune était blême
Il n'en reste qu'un titre après tant d'infusions

Puis ce dernier sourire au fond de la Tamise
Je reviens d'une nuit toute agitée de rêves
où la Rime coulait en abondante sève
mais la fille est partie, mes vers dans ses valises.


Une vie de chien

Les années me feront rengainer tant de larmes
quand le cœur n'en pourra vraiment plus de pleurer
de ces orages qui font trop trop de vacarme
si Béance Aujourd'hui me laisse demeurée

Ahurie devant tant d'absence incompressible
et ce cœur érodé par les eaux tel rocher
devient du grand vide la triste unique cible
Mon ami a pris tôt la barque du nocher

S'il n'y a rien de plus - rien d'autre qu'ici-bas
Alors viens te coucher au creux de ma mémoire
Sur des coussins douillets au cœur de notre isba
Faisons donc comme si cette putain de moire

n'avait jamais pointé sur toi le couperet
Tu es là contre moi et j'écoute ton cœur
Te voilà endormi, je t'entends respirer
Nous voilà toi et moi les rois des escroqueurs

Une balle pelée attend entre tes pattes
car elle vaut pour toi tous les trésors du monde
Pluton peut bien garder ses méduses, ses boîtes
Demain nous rejouerons sans perdre une seconde

Au lac, au bois, au parc, où bon il te plaira
Je te promets des prés, des champs et des forêts
des siestes canapé, blotti entre mes bras
malgré tes ronflements de tout petit goret...


lundi 12 juin 2023

In the Night Garden

C'est un jardin de nuit où poussent de grands marbres
où des crânes pendent de leurs bras par centaines
comme autant de pommes accrochées à des arbres;
En son centre - soupire - une vieille fontaine

dont le ventre bruissant déborde de souhaits;
Le manoir a depuis longtemps fermé les yeux;
Les pluies ont infligé aux volets bien des plaies,
chagrins à contrevent, des ombres, des adieux...

Que fais je ici, ce soir, dans ce jardin maudit?
La lune blafarde dans l'eau noire se mate;
Les crânes chuchotent d'obscures tragédies
claquant des mâchoires comme des automates.

Sans doute ai-je suivi des pas sur le chemin
et l'écho douloureux d'une voix cristalline
enivrée par l'odeur de ces murs de jasmins
qui se dressent en haut d'une unique colline.

Une grille s'était, dans un rire strident,
ouverte - lentement - laissant là s'échapper
poussières et rouilles entre ses longues dents
que Ténèbre vorace s'empressait de laper.

Et j'ai vu ce jardin où poussaient de grands marbres
où des crânes pendaient de leurs bras par centaines
comme autant de fruits morts accrochés à des arbres
comme autant de cœurs mûrs palpitant à leurs veines.

lundi 5 juin 2023

OUROBOROS

Parfois je me souviens d'une larme d'Apache
offerte un peu trop tôt aux serpes de l'aurore;
Elle avait roulé, là, sur ma joue sans attache
C'était je crois l'hiver dehors l'hiver encore.

Tu avais ce matin choisi triste pierre
et moi sans le savoir les ciseaux d'Atropos
pour couper du destin les ailes et le lierre;
En dernier, la tête de cet ouroboros.

Là-bas, il semblerait que le désert avance
la faute à qui Crénom?! Au vieux marchand de sable?
La mort toujours d'un coup de dés pipés devance
Les dunes demeurent des ogres insatiables.

Aphrodite n'est donc qu'affres au très long cou
Sur l'eau si lisse d'un étang glisse le cygne
noir - glisse - glisse en silence - sans un remous
Il pleure dans mon cœur comme il pleut sur la vigne.

Un cygne noir glisse en douceur - glisse en silence
comme une nef parmi les nénuphars inquiets
et cette brume qui flotte avec indolence
Reste-t-il des balles dans notre barillet?


vendredi 26 mai 2023

Alamo

C'est un fort que jadis un poète mura
avec des fleurs des champs, quelques mots dits tout bas
à l'âme aussi seule que neige au Sahara
Entends le chant du cygne et le cœur qui se bat.

Une cloche fêlée loin des tours de contrôle
la prairie sans le chien, c'est la fée papillon
qui fébrile se fraie dans la nuit bleu pétrole
un chemin de travers jusqu'au vieux carillon.

Des mustangs au galop font le tour de Babel
Folle course du temps, épopée d'un banjo
On s'en va tout cahin caha pleurer Abel
Qui du fermier ou du berger le plus barjo?

Un radeau endormi sur un quai de métro
Le mouton rote et chille au coteau de fortune
Nos regrets sont ici prisonniers des rétros
Je ne sais rien de ces grands feux au clair de lune

De ces astres héroïques en collision
du côté de Pluton ou qui sait de Saturne
car la vie se berce de bien trop d'illusions
pour finir en cendres tout au fond de nos urnes.

J'ai prié Pandore d'ouvrir si grand son coffre
Il reste bien un peu d'espoir planqué par là
un sort, un charme, un dernier vœu qu'on souffle et offre
à ces cieux qui dansent quand le dieu n'est pas là.

Rouge Rimbaud

C'est le quai d'une gare
C'est la berge d'un rêve
Solitaire
J'attends
un bouquet de coeurs
sur les lèvres
Et la fleur qui cogne 
trop fort
dans la poitrine
oiseau rebelle
qui voudrait s'envoler
de sa cage
thoracique
tyrannique

S'échapper à tire d'aile
mais chaque pétale 
explose en l'air
là comme un ange 
supersonique
'Y a comme un hic
?
Un cœur par poète
Jaune Aragon
Gris Baudelaire
Poe Noir
Rouge Rimbaud
Sappho Lilas
Feu Nerval
Vert Dickinson 
Blanc Byron
Bleu Alyn
Un vers par coeur
...

 "Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
j'ai vu
le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige
Then the bird said 'Nevermore'
Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
mais il faut tout oser puisque dans la nécessité
Je suis le ténébreux, le veuf, l'inconsolé
because I could not stop for the death
She walks in Beauty like the night
Six mille annnées
le temps d'un battement de cils"

...

Enigme platonique

 Il a fallu couper son L au Penseur
arracher cette lettre 
cette croix manchote
pour qu'il fasse la roue
une roue pleine d'yeux
derviche sextant

Il a fallu peser l'ivoire des tours
et prendre la bête par les cornes
tailler le bois 
quand sur l'arbre pousse un crâne

Né en...
Néant
Néandertal

Je parle la langue des singes 

Des mots nouveaux

 

J'ai vu tantôt le jour tomber
comme un ange se laisse choir
des nuées ardentes du soir
- ailes par trop d'espoirs plombées -

Un vol de grues craquant là-haut
formait au ciel un éventail
nomade dans ce No Man's Sky
pour attiser le brasero

C'était la terre qui parlait
la langue immuable des signes
mais l'homme n'en était plus digne
tant il avait le cœur si laid

Et de ses geôles en géodes
Il regardait sans jamais voir
Il priait même sans y croire
et n'entendait plus aucune ode

Il nous faudrait des mots nouveaux
Redevenir un peu poète
En ça demeure notre quête
Il nous faudrait des mots nouveaux