Theo

Theo

vendredi 14 janvier 2022

Un jour que j'admirais

 

Un jour que j’admirais chaque ourlement de lettre

Que vous m’aviez offert sur la page vergée

Bouche-bée devant tant de vos jambages  maîtres

Les quinquets larmoyants pour vos hampes gorgées

 

De cette encre semblable à l’étoffe d’un pape

Et l’aube naissant au-dessus des vergers

Des vignes dont elle caresse chaque grappe

Un jour que j’adorais vos T, vos Q, vos G

 

Je me trouvai ravie, au comble de l’extase

Que chacun de ces mots qui m’avait submergée

Ne fût rien que pour moi lorsque la moindre phrase

Aurait donc fait bander le roi et le clergé !

 

Un jour que je touchais du bout de mes dix doigts

Cette missive chère à ce cœur élégiaque

Tout ce vélin soyeux transporta mes émois

En des temps révolus, là, tout au bord d’un lac

 

Vous rêviez étendue dans l’herbe et la rosée

A des temps plus païens, à des landes sauvages

Tandis que d’une tige armée d’un épillet

Je taquinais vos seins libérés du corsage

 

Et vos soupirs pareils à ces chants de roseaux

Je les entends encor dans ce jour qui s’éteint

Comme je sens toujours un peu de votre peau

En frôlant du papier le plus petit des grains

mercredi 12 janvier 2022

Un soir que Vous&Moi

 

Un soir que Vous&Moi marchions encor sur l’eau

Ames nues au hasard de songes en lacets

J’avais promis l’écume avec des trémolos

Non point celle des jours, ce n’était pas assez

 

Et je n’étais pas Vian soufflant dans sa trompette

Ni même ce Jonasz dans sa boîte de jazz

Je préférais Jonas, les océans prophètes

La java bleue, la javanaise un peu turquoise

 

Au bord de nos iris baignés de douces larmes

Un soir que Vous&Moi rêvions encor dans l’or

De ces sables mourants  mais en état de charme

Je vous avais promis des lunes, des aurores

 

Pensives alanguies, là sur des cieux persans

Suzeraines d’Orient dans leur voile d’opium

Et les vagues couraient comme mille Pur-sang

Un soir que Vous&Moi conquérions des royaumes

 

J’avais le mal d’amour mais vous le Maldoror

Et lorsque de nos deux chants naquirent en chœur

Olympe, Enfer sous une pluie de météores

Lyre, harpe y compris luth firent de nos cœurs

 

Un festin, un destin de poètes bénis

Des muses et des dieux mais maudits de tant d’hommes

Un soir que Vous&Moi allions ainsi bannies

Du cirque des pantins et de tous les barnums

 

Je vous avais promis je ne sais quoi encore…

Pléiades, poésies aux quatrains coins du monde

Caravage,  Caravelles quittant le port

Et les rires des sirènes au fil de l’onde

 

Un soir que Vous&Moi contemplions l’Univers

Le regard débordant d’encres mélancoliques

Je vous avais promis …du Temps ! Du Beau ! De l’Air !

Puisque vous n’aviez que faire des Amériques

jeudi 21 octobre 2021

M & M


Quand au soir, parfois, les filles de ma Mémoire

une par une, s’en viennent, en file indienne

hanter une plage, la marge d’un grimoire

Péripatéticienne – Aristotélicienne

 

Je retrouve avec elles ces folles hardiesses

ces folies ardentes et ces courses furieuses

après le vent, autour du ciel et qui sans cesse

au bord du vide – meurent –minutes rieuses

 

Muse & peau d’âme font depuis tant de poèmes

Que mon sang lentement s’est fait d’eau, d’encre noire

Telle porte la Grande Ourse comme diadème

Et telle me souffle dans l’ombre d’un boudoir

 

les mots d’autres passants, la mort d’autres amants

Telle a sur les lèvres le goût si chaud des mûres

Telle mène mon cœur jusqu’au grand firmament

Telle m’aime, je crois, en secret, en murmures

 

Tel-Aviv Sodome Istanbul Babylone

Venezia Ninive Gotham ou bien Gomorrhe

Lutetia Ys Tanger Alexandrie Vérone

Mégara Thémiscyre Roma Mogador

 

Telle joue en solo des violons de l’automne

Telle danse tantôt pogo tantôt polka

Telle chante au volant quelques notes d’Elton

Et telle m’use entre l’absinthe et la vodka

 

Téhéran Bethléem Salem et Shambhala

Port-Réal Agartha Barcelone Shangaï

Thèbes Louxor Acapulco Burdigala

Atlantis Sion Bali Sunnydale Asshaï

 

Quand au soir, parfois, les filles de ma Mémoire

l’une après l’autre, s’en viennent, à pas de loup

hanter le macadam et le bout d’un trottoir

De la porte Cailhau à la porte Saint-Cloud

 

Je retrouve avec elles ces liesses passées

la jeunesse éperdue, les serments attendus

les doux baisers laissés au velours d’un corset

et tant de rêves à leurs lèvres suspendus

 

Muse & peau d’âme font depuis longtemps poèmes

Que mon sang goutte à goutte dans mes cahiers noirs

dessine des regards et ces jeux de Bohème

Colin-maillard - Cache-cache au cœur du manoir

 

Kalambaka Metropolis Bonifacio

Prague Byblos Danvar Dallas

Esgaroth Villevieille Volantis Rio

Zerzura Leidenstadt Silent Hill Caracas

 

Quand au soir, parfois, les filles de ma Mémoire…

dimanche 3 octobre 2021

ART Borée SENS

 

Place Blanche

en marge des boulevards

J’écris dans celles de mon carnet

le moi désormais incarné

dans sa chair d’ombres vernies

C’est ça la case de l’ongle d’homme

voué aux gémonies

Puis ma page se fait noire

comme le Chat

 

Place de l’Etoile

Aristide est bruyant

et l’astre Bruant

J’hésite, gare mon Parnasse

mais butte sur le T

d’une tête de pinceau

en poil de  martre

 

Mon pote APO lit nerveusement

ses maux calligraphiés

entre les allées des tombeaux

Lachaise

Quelle assise dira François !

Quelle veine diront les vers !

 

Je suis née bulleuse

à six pieds sur l’éther

Me voilà déchue tel Satan

Et pourtant

J’attends

la terre promise

Champs-Elysées

 

Mon pote APO lit Neruda

parce qu’il n’y a pas

que Picasso de Pablo

Quai de la Seine

 

C’est l’arborescence programmée

dans ma matrice

depuis que mes nuits ne rêvent plus

Perché sur mon épaule

l’ara qui rit

coupable au moindre éclat

a des plumes bleues

comme la mer Egée

Rimailleur ? Orpailleur ?

Horloger ?

Le lapin est agile

ma cervelle d’argile

Si l’art gît ici…
au large de Gibraltar

 

Dans la nuit qui ne rêve plus

Morphée m’endort

Est-il marchand de sable ?

De sommeil ou de mort ?

 

A dada sur mon bidet

Je suis tsar à Paris

et nomme mon baudet

Alphonse

parce qu’Alphonse allait

à pattes

au club des hydropathes

Allait d’un pas vide

ou tintant

impatient

Allait en verve

C’est quoi la verve ?

Une tisane sans n ?

Un pays en paix ?

Al fonce à Liège

comme un bouchon sur le périph

Il souffre d’écriture chronique

 

Demain j’enverrai

une lettre de mon moulin

Rouge sang

Cœur sacré

parce qu’il n’y a pas que la galette

de bretonne

Disait le père peinard

 

Sur l’arbre devenu

feuille à petits carreaux

J’écris des beaux M

des mots véloces

des vers meilleurs

pour un monde à l’envers

 

A cinq ans je rêvais d’être clown

quand on me voulait clone blanc

entouré d’autres tristes

en robes de chambre

mais aucun sorcier n’a su

réduire ma tête

au silence

 

Big Bang

Théo rit

aux éclats de Lune

entre deux éclairs

aux chocs

OLA la vie !



lundi 27 septembre 2021

L'alcôve buissonnière


Lorsque j'écris, moi, j'ai toujours le cœur béat

Je suis le Fou, l'Auguste et le Dernier Chat Pitre

Augustin rêvant de Carthage à son pupitre

C'est aussi moi ces lettres d'or... D'alinéa...


Lémurie, Agartha cachées dans mes carnets 

J'imagine, fleuris, arabesque, estampille

et je note, illustre, de petits points torpille

ces pages de sable que je n'ai su tourner. 


Toutes ces pages, un jour, tu me les as données 

Pour que j'en fasse plus qu'un doux conte de dunes

Là-bas, au loin, à l'ouest, au détroit de Neptune

Ces pages de sable ainsi font font des années 


folles à lier, filles de joie ou fleurs du mal

fées d'hiver, fariboles, fables, fanfreluches, 

sangs d'encre, plumes d'oie, et boas en autruche 

des vies, des virgules, dés pipés, décimales... 


Toutes ces pages, un jour, tu me les as données 

pour que j'en fasse plus que des bouquets de proses

C'est là notre cantique et nos métamorphoses 

quand Didon se souvient de l'étreinte d'Enée. 


Tous mes mots-valises, je les ai posés là 

sur ces pages de sable, sur ces bancs de sel

Je n'étais pas Breton mais tu étais de celles

pour lesquelles naissent chimères par-delà


 les légendes oubliées, les sauts des dauphins

et le temps qui se meut dans les ombres félines 

quand Soleil d'Arkadia devient cornaline

corps niche & cœur de pierre dans le jour défunt. 


Toutes ces plages, un soir, tu me les as données 

Il y avait du vent dans nos cheveux d'automne, 

de la mélankhôlie au fond des scopitones, 

des roses comme des reines guillotinées. 





mercredi 15 septembre 2021

Chasseur de rimes

 

J’ai noyé dans la tourbe et le malt dis combien

de tourments, de souris, de rages, de chagrins ?

Mélankhôlie, misanthropie, mise en abyme

dans des jarres de whisky, à l’affût de rimes…

 

Combien de vers pour que penchent les tours…Dis voir

un peu si je peux de mes tours de passe-passe

détisser les trames, dénouer les impasses ;

Du nautonier briser la rame au cœur d’ivoire ?

 

Combien de mots, de passes, de vagues à l’âme

de dieux dans une molécule de prazepam ?

J’irai, soûl, chercher mille heures sous le tropique

et me souvenir de la reine que l’as pique.

 

Je ferai moi aussi du rhum la route sans escale,

des tonneaux d’ambroisie pleins la soute et la cale ;

Des champs je volerai la clé, la clé aux pâtres ;

Sculpterai Galatée dans des rêves d’albâtre ;

 

Du Donjon ôterai Belle et d’entre les mots,

douces notes d’Orphée quand à la nuit tombée,

les étoiles font aux cieux des manteaux

de tant de lys que Roi en reste coi puis bée

 

comme un A en soutane aux vêpres de novembre

comme un B moleskine imbibé de vodka

comme un C page languit dans sa robe d’ambre

comme un D caméron à l’Avatar trop las

 

d’attendre enfin le jour où l’arche de Pandore

exhumera l’espoir de ses tréfonds maudits.

Au diable vos cités, vos lois, tous les veaux d’or !

Je suis le Baladin, le Barde et le Bandit

 

des parchemins secrets ; j’écoute l’eau chanter

ritournelles, ruisseaux, ricochets et rivières

ribambelles, rimes riches et rizières

riffs des vagues et rigoles désenchantées.

 

Je suis ces ivresses qui n’ont point de saison

Ces états désunis sur les bords d’Atlantique

Et ces villes grises dépourvues d’horizon

Qui voudraient respirer sous des grands murs de brique.

 

Je suis le Baladin, le Barde et le Bandit

Celui qui veille seul à l’ombre des tavernes

qui cherche le ciel dans un fond de brandy

et  prend à la fin des vessies pour des lanternes.

 

 

mercredi 25 août 2021

AbrA[r]cad[i]abrAme

 

De la nuit j’ai gravé les versants enlunés ;

dévalé des nuées, entraînant dans ma chute,

des branches d’étoiles et des cordes de luth

car j’étais des rêveurs, ô le plus fortuné !

 

Moi, j’avais des îles, des châteaux suspendus

dans des brumes si blanches qu’on les crut mariées ;

Moi, j’avais des villes, des jardins, des orées,

un Olympe et des muses d’un sourire fendues

 

qui aimaient se mirer dans l’or noir des puits

puis conter fabliaux quand crépitent les flammes

- De si douces amours pour le cœur de ces dames -

Fredonner rengaines en dansant sous la pluie.

 

Moi, j’avais des îles, deux L à mon prénom,

un empire où les rimes au soir se bousculent

comme pipistrelles fondent au crépuscule ;

j’étais le ménestrel, toi, tu étais chanson…

 

J’étais Pierrot le fou parfois ce frère Jacques

qui ne voulait dormir ni sonner les mâtines

de peur que l’aurore bien trop tôt élimine

l’Eurydice perdue dans ses heures dionysiaques.

 

Il manque des fontaines à la Chantefable

Il manque un carrosse à ce vieux carrousel

Il manque des oyes et quelques damoiselles

Il manque au rivage maintes lettres de sable.

 

Il manque des rires, de l’encre sur nos doigts

II manque bien trop de temps à cette éthernité

Un comble – diras-tu ! Que font les déités ?

Nous les avons priées pourtant combien de fois ?

 

Et Cypris renaissant des écumes songeuses !

Et Phoenix des cendres sur le bord du Vésuve !

Eros était ivre de larmes et d’effluves,

étendu au solstice d’une dune neigeuse.

 

D’utopies en tipis, d’anathème en totem,

enchantions-nous la Terre et ses pensées sauvages.

C’était plus qu’un credo, une loi, un langage

quand Plume libérait ses légions de poèmes.

 

Il reste des pays à peupler de merveilles,

Des pages à noircir, des chandelles à moucher,

Des tarots à jouer, des secrets à coucher

Sur le vélin des jours en défiant le soleil.

 

Il reste à dompter d’innommables falaises,

Des arcs à bander et d’autres à colorer ;

On dit que ceux des cieux dissimulent Borée,

Le chasseur d’orage, le souffleur de genèse.

Il reste à trouver cette pierre turquaise

quelque part à l’abri dans nos marges anciennes

Et toutes ces vagues, ces valses de Vienne…

Je chanterai si fort pour que Moires se taisent !

 

Je rimerai si haut que tomberont des nues

Les dieux, les chérubins, les ruses de Loki ;

Scanderai syllabes comme un vieux Cherokee

et réinventerai des mondes saugrenus

 

D’autres Atlantide flottant dans l’Espérance

De nouvelles Babel surgissant de l’Abysse

Referai d’Arcadia fabuleuse Polis

pour t’offrir encore ces plus belles errances.