Theo

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dimanche 23 juin 2024

Pause

Sous l'antique arbre du grand parc
- un saule qui avait cent ans -
Nous avions caché notre barque
à l'abri des yeux insistants

Entre deux gazouillis d'oiseaux
Je te lisais les Orientales
Le vent jouait dans les roseaux
Tu rêvais à l'horizontale

de déserts blancs et de palais
dont les reflets tels des mirages
sur des eaux vertes vacillaient
Doucement je tournais les pages

pour ne point troubler le quai quiet
Il m'arriver de murmurer
ces vers semeurs d'éternité
Un chat filait sur un muret


samedi 22 juin 2024

Sucre d'Ogre

Ensemble nous buvons le vin vert de la mort
dans l'obscurité bleue d'une chambre d'hôtel
Avons-nous trop péché? Avons-nous le remords
qui nous mange le cœur en maître du cheptel?

Entre ces murs poumons, le temps se perd -dissout-
comme un sucre craintif au bord de la cuillère
Toi, tu es sans espoir, moi, je n'ai plus un sou
Demain, nous revendrons la plus belle théière

Pour goûter un peu plus au paradis perdu
qui s'échappe parfois de la Dive Bouteille
d'une ville fontaine au flot bien défendu
Nos vers ont douze pieds, soixante-six oreilles

Voyelles, la longueur des verges des pendus
qui font sous le gibet pousser la mandragore
Consonnes, la fureur de tous ces mots fendus
Hashtaguons les bourreaux! Pas le porc de Bigorre!



Grimm Age


J'aurais pu écrire des contes à la Grimm
peuplés de sorcières, de loups et de chevreaux
mais ma plume -hélas- n'en voulait qu'à la rime
cette fichue reine sapée comme un bourreau

Qui eut coupé la tête à mes folies d'un soir
ou rien qu'un pied en trop à ces vers nouveaux nés
pour qu'il y eût toujours un foutu encensoir,
un boudoir amoureux au rose suranné

Aussi de ces beautés aux chevelures maures
aux seins conquistadors et dont les fronts d'airain
triompheraient gaiement des fanges de l'aurore
pour clôturer enfin de langoureux quatrains

Il fut un temps pourtant où j'érigeai colonnes
lexicales verges aux urgences précieuses
Il fut un âge d'or où j'adorai l'automne
ses braises avides, ses lunes périlleuses

Ô je ne comptais rien si ce n'est les étoiles
les petits grains de sable coincés entre les pages
et sur les bleus au cœur filaient de grandes voiles
J'entendais Ligeia dans tous les coquillages


L'âme du Monde


J'ai déposé un brin de bruyère séché
pour retrouver la page où je t'ai tant cherchée
C'était hier, c'était naguère ou bien jadis
Les ans s'en viennent, les ans s'en vont dix par dix

Pour regagner la page où je t'ai rencontrée
Moi je me suis perdue dans trop d'autres contrées
C'était un temps assis au bord d'une fontaine
dans l'antique cité aux marquises hautaines

Une reine amazone au sein marmoréen
chevauchait un Pégase accrochée à son crin
A l'ombre des cyprès, les Senecio rêvaient
quand les roses d'antan doucement s'entrouvraient

Don Quichotte sabrait des campagnes sans vent
d'invisibles moulins dont les ailes souvent
chuchotaient à nos coeurs quelques proses trémières
Ondine souriait là-bas sous la lumière

d'un matin printanier aux accents d'oranger
Ici, ce petit pont aux dentelles forgées
enjambait un ruisseau serpentin silencieux
Tout respirait l'amour et tu fermais les yeux

pour saisir l'essence de l'âme du monde
où les rois et les fous ensemble vagabondent
Tempérance penchée au-dessus d'un bassin
méditait son reflet emmêlé de desseins


jeudi 30 novembre 2023

Les Enfers pavés

Si longtemps j'ai guetté dans les vers et les rimes
la folie de Pythie, le souffle de Sibylle
et je me suis nourrie des plus noires des biles
jusqu'à descendre au fond de mes propres abimes


Qu'aurais je voulu être? Otage? Orage? Oracle?
J'avais des complexes et autant de syndromes
Un Œdipe inversé Cassandre ou bien Stockholm
Tout n'était que débats, délires et débâcles


Hululais je? Hurlais je à ces lunes trop pleines?
QUI du loup? Du Hibou? De l'Ogre? De l'Enfant?
Qu'ont donc les poètes de vraiment terrifiant?
Mère-Grand comme Arthur s'en venaient des Ardennes


Car là-bas, m'a-t-on dit, des écharpes de brume
qu'auraient tissées en chœur les aurores, les soirs
pendent avec charme aux cous des monts tous noirs
Si tu lèves les yeux, c'est la voûte qui fume!


Comme ce mage gris assis sur le rivage
s'amuse de ces ronds, de volutes exquises
Le ciel est en nage, coiffé d'une marquise
jouant de son hautbois au milieu des nuages


Le long d'une eau sans nom, me voici à rêver
de l'effet sur nos coeurs d'un couplet enchanteur
Le Temps est ainsi fait de bleuets et de leurres
recouvrant volontiers nos beaux Enfers pavés. 

mercredi 21 juin 2023

Des Astrophages

Il faudrait pour tisser toiles d'or et d'argent
dévorer le soleil puis avaler la lune
mais l'Hiver a régné trop longtemps sur la dune
recouvert nos bouches d'un suaire affligeant.

Dis-moi qu'il est des soifs, des soifs inextinguibles
Dis-moi qu'il est des faims qui jamais ne s'apaisent
Dis-moi que des souffles s'échapperont des braises
Dis-moi qu'à Poesis tout est encor possible...

Dis-moi qu'il est des mots dont on ne guérit pas
des mers immortelles au bout de l'horizon
et des larmes de feu comme mille tisons
qui font fondre les cœurs sur les aires de combat.

Je mangerai les nues pour faire un rêve bleu
Bien plus bleu que l'azur inondant Santorin
Bien plus bleu qu'un génie exhausteur d'Aladdin
Plus bleu que la tête de cet oiseau sans queue?

Il faudrait pour tisser toiles d'os et d'orient
dévorer cauchemars puis avaler le sable
qui coule des panses, des six bottes du Diable
Il faudrait comme lui trépasser en riant!

Dis-moi qu'il est des maux qui s'oublient dans l'opium
des douleurs arc-en-ciel au bout des perfusions
des astres amoureux, des volcans d'effusions
des reines à quérir dans d'étranges royaumes.

Dis-moi qu'il est Eden par-delà les abîmes
des songes et des miroirs dont on ne revient pas
des bordées d'aigles fous dans les yeux des sherpas
Dis-moi que les chamans mastiquent bouts de rimes.

Je mangerai l'éther pour naître à demi-dieu
sur la grève brûlée d'un ancien archipel
Les vents s'endormiront aux creux d'une chapelle
où pousseront des fleurs entre ses murs plus vieux.

vendredi 16 juin 2023

Le Heurtoir

Je tenais dans ma main - ce soir - une autre main
Celle d'une femme - elle était dure et froide
Sa main dans la mienne - sur le seuil du destin
toquait à la porte - quatre coups en saccades.

Mais personne ne vint. La porte resta close.
La main ne bougeait plus. Serait-elle endormie?
Alors entre ses doigts - je glissai une rose
puis partis tristement non sans avoir promis...

de revenir un jour...ce que je fis longtemps
longtemps après. La porte était encor fermée
et la main disparue. Alors le cœur battant
je saisis un soleil. Me voilà bien armée

pour cogner sans vergogne aux vantaux du hasard
mais l'astre me brûla et laissa dans ma paume
un visage tout noir. C'était celui d'Ishtar.
J'emportai avec moi le douloureux fantôme

Car la porte jamais n'accepta de s'ouvrir
même après que tant d'eau eut coulé sous les ponts
La mousse sur le bois vint lentement fleurir...
Un marmot à présent rêvait sous ses jupons.