Theo

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lundi 3 avril 2017

La Boîte de Pandore

J'ouvre -les yeux fermés- la Boîte de Pandore

La serrure rongée par le sel et la rouille
laisse tomber dans l'air sa plainte confetti
Sous le couvercle bleu, on sent bien que ça grouille!
Là sous la planche en croix, les lunes décaties

Tout un peuple vit là! Arlequins assassins
Romans et fleuves noirs que descendent les barges
Au bord des abysses, légions de fantassins
se pressent, repoussent de trop petites marges

"Attention aux césures!" lit-on sur l'écriteau
oscillant et grinçant aux cous des macchabées
Cadavres qui n'ont plus que leurs occipitaux
d'exquis quand des orbes s'enfuient les scarabées

Des momies débauchées ôtent leurs bas de lin
Racoleuses des nuits blanches et électriques
Toutes les vanités sont de sombres catins
aux bras de trépassés raides comme des triques

Il y a dans mon crâne une planète des songes
envahie de jungles, de forêts lexicales,
recouverte de mers d'huile où l'azur se plonge
à s'en rompre les ho/rizons les cervicales

Cette âme à zone ici, sous l'ombre de ses arches,
des lions dissimule, autres fauves mangeurs d'hommes
et des palais de vers aux mille et une marches
où des anacoluthes fumeuses d'opium

devisent ensemble du poids de l'anagramme
avachies, étourdies, sur des tapis de Perse,
entre volutes d'or, tintements de dirham
alors que tous les cieux au-delà se renversent

Jubilante de tours, de clochers, de bastions,
la ville se dresse dans l'aube zinzoline
Sodome si fière de ses cents érections,
des cohues de coïts au pied des huit collines

Sous les larmes longues de vieux saules pleureurs
des nymphes dévêtues échangent des caresses;
Priape les mate, montrant autant d'ardeur
qu'un âne dans un pré auprès de ses ânesses.

Autour des chairs rose, des serpents à sonnet
se suivent, se croisent, s'enroulent, s'embrassent!
Leurs langues bifides ont comme les années
des venins à offrir et quelques mots de passe

Epithètes d'Apache, cartouches palimpsestes
mille onomatopées et scalpes d'alouettes
au bout de mes pennes ainsi se manifestent
Des contrepèteries bien souvent pirouettes

Et des vers spaghettis gigotent sur des sables
mourant...qui sait d'amour...peut-être...ailleurs...avant
lorsque d'émeraudes on sertissait les fables
mais aussi la mirette incendiée du fervent

Du coma éthylique aux étymologies
Taste me! Test Amant! Détestons tout ma foi
ce qui n'est point passion, ce qui n'est plus magie
et ce qui se vomit dans les chiottes des rois!

Dans l'Océan du soir, est-ce que je saurai
jeter les larmes et les encres qui s'échinent
à devenir bâtons - de pluie - bâtons - de craie
dire à ma mine usée "S'il te plait, imagine..."

A l'autre bout du monde, une page déserte
où chagrins de sable aussi poussières d'étoile
font l'ultime scène pour ces panses ouvertes
quand la mer recrache tous les galions sans voile

Epave sur la plage exhibe fièrement
sa cage thoracique aux couleurs délavées
où des oiseaux-lyres ont caché leurs tourments
car les grèves chantent mieux que tous les pavés.

Combustion spontanée ou mémoire des limbes
De ce monde englouti ma plume est cicérone
Et les vices aux anges font ainsi des nimbes
et les ronces aux coeurs de si tristes couronnes.

Plus loin sur un chemin de boue mêlée de sang
avance en titubant l'Homme aux plates excuses
Il porte sur son dos l'Absurde, le Néant;
Accrochée à son flanc, la tête de Méduse

dont les cheveux guivres pénètrent la chair
en sifflant des notes emportées par les vents
Sont-ce celles du conte où la lune est si claire
que Pierrot, mon ami, lui, bande en écrivant?

Les feuilles d'un livre tavelées de rousseurs
comme les visages de ces filles du diable
Et je pense à Charlie qui invita sa soeur
à goûter l'Idéal, bonheur irrémédiable

le long des canaux d'or, au bord des précipices
quand l'aube éclabousse tous les châteaux de brume
de son foutre violet en guise de prémisses
quand les monts de Vénus renaissent de l'écume

Doux trésors de nacre, alcôves de corail
qui font se tendre fort les vergues des bateaux
se briser aux brisants les puissants gouvernails
et pointer les index de tous les matelots

vers des mondes nouveaux, des amours inconnues
Les battements de coeur ont chassé les tictac
Moi je suis l'Etranger qui contemple les nues,
les beffrois renversés dans le miroir des flaques

A dos d'hypallages passent de grands indiens
coiffés de plumes d'oie zootrope icarienne
Le rythme du tamtam flingue le circadien
Soudain je la rêve princesse saharienne

Ses trois yeux d'obsidienne ourlés de cents syllepses
m'obsèdent tellement que je m'en grave l'âme
comme un marin tatoue la mer sur son biceps
les pavillons flottants et les parfums de femme

Tant de syllabes sues, pendues à mes synapses
des têtes de litote au bout de pics tau grammes
Puis tout ce temps perdu qui fait des loops, des laps
qui danse des sabbats autour de folles flammes

Métonymies en djinns, synecdoques baronnes
des drogues sorcières qui distillent du Vers
comme des Pléiades coule le sang d'Alcyone
Mon Je se fait l'auteur de tous les univers!

La Mort refermera la Boîte de Pandore

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