Theo

Theo

mercredi 27 juin 2018

Le Cabinet secret

Il existe un endroit hors du temps des mortels
que l'on nomme de bien différentes manières
selon que nous sommes du présent ou d'hier,
rêveurs, fous, amoureux ou rimeurs d'irréel.

Tu l'appelais, je crois, le cabinet secret
car il avait jadis, de ta curiosité
piqué le moindre brin et en réalité
embrasé tout ton cœur naguère si discret.

Tu disais qu'en ce lieu méconnu des hommes,
chahutaient, chuchotaient les nymphes et les nains,
quelques fées nées en douce lorsque le matin
des rosées et des pluies se faisait l'impluvium.

Des dryades, ici, jouaient à chat perché;
kyrielle de sylphes se prétendant barons
défilaient dans les Champs de cet air fanfaron
sous les flèches têtues d'un Cupidon archer.

Les miroirs des lacs, les alcôves des chênes
étaient donc de leur monde les gardes portaux
mais il fallait, dit-on, un cœur plus pur que l'eau,
un cœur qui n'aurait plus de doutes ni de chaines

pour franchir ainsi les lisières enchantées
puis croiser un lutin au hasard d'un chemin.
Je n'ai rien oublié...pas un mot...un dessin
quand ton visage au soir vient alors me hanter

Quand la lune prisonnière d'une flaque
a toujours l'allure d'une reine en sa tour
Quand j'entends jouer un Orphée troubadour
des astres jaillissant des lyres élégiaques.

mercredi 18 avril 2018

Cantique du Psylocibe

Comme le corbeau qu'un certain Jean disait Maître,
Perché dans sa chaire, prêchait là un vieux prêtre.
En robe plus noire qu'habit de corvidé,
il nous causait de Dieu et de son corps vidé

de l'âme car l'âme seule aux cieux s'en fut;
toute aussi seule s'en allait jusqu'aux enfers...
mais où étaient iceux si l'Eden eut les nues?
Où donc crêchaient Satan et l'odieux Lucifer?

"Ô Dieu te dira tout si tu manges sa chair!"
ramageait ce curé accroché à sa chaire
mais qui sut donc de Dieu délimiter la peau?
Y mordre à pleines dents puis lui curer les os?

Festin bien incertain pour des brebis paumées
comme fut pour Goupil la tomme que Corbac
dans son bec tenait, avant d'être enfumé,
par ces propos flatteurs dignes d'un grand roi mac.

Mais que fait Dieu là-haut si Diable forge en bas?
Il creuse dans le temps des trous pour le combat
des astres; quelquefois il allume une étoile
qui, elle aussi, mourra dans un coin de la toile.

vendredi 6 avril 2018

mercredi 21 mars 2018

Équinoxe aux giboulées


C'est ici que tout commence. A l'équinoxe de printemps. Parce qu'il faut bien un début. « Printemps » signifiant en ancien français « premier temps », il me semblait intéressant (ou plus juste du moins) de choisir cette date comme point de départ bien que le temps soit aussi rond que la planète sur laquelle les hommes, un jour, ont inventé ce concept.
Ce pourrait être le premier jour de l'an nouveau. Pourquoi pas ? Le 1er janvier n'a pas davantage de légitimité. Lorsque j'étais enfant, l'année commençait en septembre à chaque rentrée scolaire et se terminait en juin. Juillet et Août n'étaient pas vraiment du temps. Ces deux mois flottaient dans une sorte d'espace indéfini. Ils étaient Vacances. Ils étaient Manque.

J'aime le mot équinoxe. J'aime quand le jour et la nuit sont à égalité. Pourquoi faudrait-il toujours un gagnant et un perdant ? Équinoxe ferait un beau prénom pour quelqu'un né dans cette aube et ce crépuscule si bien partagés.

En ce 20 mars 2018, je couvre donc d'encre la première page de ce carnet. Journal de bord ou intime ? Je laisse le soin à de futurs hypothétiques lecteurs de choisir mais sachez que je préfère de loin être le capitaine d'un bateau livre que l'écrivain ivre de nostalgie et reclus dans l'obscurité d'une chambre.

Si mes propos sont décousus et qu'il n'y a pas vraiment de linéarité à mes souvenances, rappelez-vous que le temps est rond comme la Terre. Il est L'Ouroboros qui se mord inexorablement la queue. Mes pensées sont libres de marcher où elles veulent. Elles peuvent emprunter la circonférence mais aussi les diamètres et les tangentes. J'avancerai sur le dos d'un Dragon pour une histoire sans fin ou bien je m'accrocherai à ses griffes.
Je serai à la barre d'une nef qui fend les mers, essuie les tempêtes, échoue parfois sur des bouts de terre perdus dans les océans, rattrapée alors par les fantômes du temps et qui rêvera toujours de grand large. Mais il n'y a pas d'horizon sans sillage...

Parce que je m'interrogeais aujourd'hui sur l'étymologie du mot « giboulée » après avoir été giflée à l'arrêt de bus par une pluie de grêlons, j'imaginai Mars non plus en dieu guerrier au bouclier d'airain mais en femme, buste d'opale aux seins de glace que j'aurais enlacé dans mes songes fiévreux. Elle n'avait plus de jambes, seule une queue de poisson comme la sirène médiévale mais cet appendice fondait sous les premières caresses du printemps, laissant un lit tout humide de son absence et transformant l'humble pucier en Pinta balançant sur des flots frénétiques. L'Océan naît-il d'une goutte d'eau ? Suis-je encore du printemps ? Je pense aussi à cette chanson de Bensé « C'est moi l'éternité en vrac, c'est moi qui dévore les enfants, c'est moi l'espoir et puis la claque c'est moi le printemps »
J'ai appris que l'origine de « giboulée » serait méridionale. Il y a un « gibourna » signifiant grésiller ; action de tomber du grésil, ce mélange de granules de neige et de cristaux de glace.

Mars est blanche. Mars est bleue.

J'ai voulu dresser une liste des lignes réelles ou imaginaires. J'ai commencé par épier le creux de ma paume et cette ligne de cœur qui n'était qu’ hachures jusqu'à toi puis j'ai voulu fixer la ligne d'horizon oubliant qu'elle n'existe pas au cœur des villes parce qu'elle a besoin d'Océan. J'ai fini par compter les lignes de bus qui six jours sur sept me mènent au boulot. Ici, on les appelle des lianes. Il y en a plus de 70 pour traverser la jungle urbaine et moi j'emprunte la 4, la 9, la 11...

vendredi 2 mars 2018

Fata Morgana

"Mirage, mon beau Mirage, 
Dis-moi sous quelle latitude rêver..."

J'avais envie d'une île
Une île comme lune à demi
posée là sur la mer
couverte de bleus
outranciers
Une île aux grèves 
plus blanches qu'écumes

Sur cette île je serais
Naufragée éperdue
d'une fille qui ferait
la magie sienne
la pluie, le beau temps
et les brumes trémières
Ce serait toi cette fille
Ce sera toi cette île

Tu auras de longs cheveux
de sable
où couront des chevaux
sauvages
aux muscles orageux
Un ventre blond
comme les eaux du soir
quand le soleil s'y noie

Tu auras des cheveux
de vague
où dérivera
mon bateau-bouche
Des cheveux
comme des laves éteintes
d'où s'élèveront
impériales
à chaque aube nouvelle
des cathédrales de sel
Noces d'eaux nyx
Lunes Toubabs

J'avais envie d'une île
Une île comme ville engloutie
Serait-ce Nous à venir?
Atlantide à Venise?
ou bien Ys revenue 
d'entre les mots...
Rien qu'une ode à la vie
Des vertus en vertiges
et du verbe corail 
qui fleurit nos lagunes
endorphines

Des châteaux ambulants
Des palais tout en vers
saillants
que l'on trace
d'un doigt ailé
sur la carte du temps
et qui toujours
viennent flotter
au-delà
des grands horizons
lignes de coeur
dans la main d'une fille

Ce serait toi cette fille
Ce sera toi cette île

samedi 10 février 2018

Etat des lieux

Si parfois j'orage comme ces soirs d'été
plantée sur mon trottoir, pylône automatique
en rêvant de forêts vertes et enragées
de Louxor luxuriantes, de parfums antiques

je reste pourtant là, rivée au macadam
D'âmes damnées combien...ô combien ai-je vu
d'années passer et de radeaux casser leurs rames
sur le ciment de ces limbes grises et nues?

Eldorado, terre promise, tout est vain
car vingt mille lieux sous l'éther il n'y a pas
d'espoir assez grand qu'on ne noie dans le divin
ni de songe assez fou pour oublier trépas

A la liste exhaustive des chers disparus
il faudrait je crois bien ajouter le silence
Le soûlard fait du bruit en pissant dans la rue
et le pendu aussi lorsqu'il se balance

Ci-gît Silence sous l'étonnement des masses
acropoles d'antennes accrochés au néant
Des enfers arrachés aux disséqués espaces
et des coeurs enfermés dans les gêoles du vent

Ci-gisent béates odalisques...ô dames
de coeur, dames nage, reines asphalteuses
Hétaïres venues de pays où se pâment
des soleils sigisbées sur des soies vaniteuses

Vois ces tombes aurifères, ces yeux fermés
pour mieux respirer l'air vicié des mondes vides
Consumés - consommés - informés - infirmés
quand Decima, coiffée de narcisses, dévide

le fil rouge du temps comme un filet de sang

lundi 29 janvier 2018

Portrait chinois

Parce que les portraits chinois ont des racines grecques

Si j'étais un cochon, je serais Pygmalion
Cela ma Muse l'a compris
Pour des libertés conditionnelles
Souvent l'hypothèse se file à l'anglaise
sur le métier à tisser de 3 Parques à thème
Des histoires de quenouilles chinoises
plus grosses que les bœufs de Géryon ou de Kobe
Les heures aux longs fuseaux ont découpé la Terre
Des fusées pénètrent mon cœur
mis
à nu
à feu
en abyme
Les sots s'y sont trouvé fort dépourvus
quand la rime est venue 

Si Gall ne chante plus ces poupées de son
France ne chiale qu'à l'idée
Idée au gramme ou au logis
Idées courtes et fixes
Idées vagues
Ides & eaux

Bien avant le Smart et la fonte des glaces
Que de cire coulée
pour des lettres d'amor
ou des notes oscillant
sur le cylindre du phonographe
C'est la mort des chenilles
génocide consumériste
pour des airs à la gomme
lac loc beef et bakélites

Si j'étais une poupée, je serais
non pas Psyché
Ne cédons pas à la facilité
Ni même Barbie Barbitruc Barbituriques
Serais-je russe, pleine d'autres moi
et de vodka? Âme gigogne? Matriochka?
Poupée vaudou? Peau d'âne ou bien veau d'or?
Karma sans r sous trame ou transe
Fantasme pour mari honnête
Baby doll au regard anthracite
Antre à scythes
en traces si tenaces
Idole en silicone ou en papier mâché
Teint cérusé pour des joues cerise
Fille à fils sous emprise

Si j'étais un métier, je serais discobole
pour lancer des vinyles
ou qui sait magicien
aux 45 tours sur un sillon
en spirale d'Archimède
Peut-être même Allumeur de Cerbère
- Réverbère à deux têtes
qui pousse sous les peaux pierres -

Avant j'étais Charlie
ma barbe était bleue
comme les mots d'un Christ off
Avant j'étais Charlie
Tantôt chat spleen tantôt chat pitre
Tantôt Chaplin qu'un rien chagrine
Je cachais des lapins sous un chapeau
que j'ôtais prestement 
quand passait une fille
Avant j'étais Charlie
Tantôt Charybde tantôt Ulysse
Chapelier fou, allié d'Alice
Mais les Cow boys ont niqué les Poe rouges
Plus de colt que des kalach sur les quais des cités
Des calèches métalliques, des chevaux à vapeur
Des Noé sans arche, des indiens sans canoë

Je suis
Traqueur de rêves THEO fileur de songes
Y a des lunes en file indienne
dans ma mémoire
et des livres de sable qui s'allongent
Faut-il des cendres pour l'écume trop blanche?
Des vagues pour rester ivre?
Des marges pour être libre?
Descendre les rives d'hier
sur des barges en kraft 
que la flotte gondole
Et ces îles marquises qui rigolent encore
sous leurs masques de brume
loin des rues de Venise

Rimbaud a quitté le bateau
le cœur plein de ratures
Arthur Apache Allan Edgar THEO
Je suis