Theo

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Book Case

Parce que ma modeste bibliothèque m'a ouvert les portes d'autres bien plus incroyables, cette page propose de les présenter...Bonne visite et surtout bonne lecture...

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Bibliothèque du Monastère Sainte-Catherine du Sinaï


"C'était un bâtiment aussi haut que s'il avait eu deux étages, tout en longueur, qui suivait l'enceinte méridionale du monastère. A l'intérieur, l'intégralité des murs était couverte d'étagères chargées de livres de toutes tailles et de boîtes en bois portant des étiquettes. Du sol jusqu'au plafond, les meubles se répartissaient sur deux niveaux, et l'on accédait au second degré par un échafaudage que l'on pouvait déplacer le long des rayonnages. La quantité de manuscrits que comptait la bibliothèque, comme l'avait laissé entendre le père Athanasios, était particulièrement impressionnante, étouffante presque. Certains étaient debout, d'autres couchés, certains avaient de belles reliures en cuir, d'autres des reliures en bois couvertes d'enluminures d'argent. D'autres encore, plus précieux sans doute, étaient dans des niches fermées par des petites grilles. Partout où le regard se posait, ce n'était que rangées de registres, colonnes de codices, piles de boîtes.
De fins piliers en pierres brutes séparaient le bâtiment en deux dans sa longueur, et on y avait attaché les portraits de tous les higoumènes qui avaient dirigé le monastère depuis sa fondation. Le plafond, à poutrelles, était droit, de couleur blanche, ce qui permettait d'avoir une plus grande lumière en ce lieu de lecture et d'écriture.
Dans la partie occidentale de la pièce était un scriptorium, où des manuscrits en cours reposaient sur de hauts pupitres de bois au milieu des plumes, des plumiers, des pigments, des tanins, liants, règles, férules, équerres, compas, calames, traçoirs, pinceaux, pierres à brunir, signets, attendant sans doute d'être achevés par les frères copistes, enlumineurs ou lettristes. Sur de petits tabourets on avait aussi laissé quelques écritoires que l'on pouvait emporter partout avec soi.
Dans la partie orientale, le frère bibliothécaire trônait, une plume à la main, derrière une grande table de bois brun qui, elle aussi, était couverte de volumes et de parchemins."

L'Apothicaire, Henri Loevenbruk

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Bibliothèque de Giuseppe Zaga - Lavrovo, Russie


"Dans tout ce bric-à-brac du rêve, rien n'égalait dans la fascination l'attrait qu'exerçait sur moi la bibliothèque. Elle occupait tout un mur, derrière un immense rideau de lourd brocart pourpre tissé d'or et d'argent qui s'ouvrait comme un rideau de théâtre. Les volumes étaient couverts d'épaisse poussière et de toiles d'araignée (...) Le Temps, qui ne peut souffrir ce qui dure, a contre les livres une dent particulièrement féroce. Il craint par-dessus tout ces porteurs de germes, germes d'éternité, où les idées demeurent vivantes et toujours prêtes à jaillir. (...)
Il y avait dans la bibliothèque de vieux grimoires qui dataient des premières Révélations et des premiers initiés, et des papyrus à l'odeur de feuilles mortes et d'insectes désséchés, les Centuries, écrites de la main même de Michel de Notre-Dame, et la transcription par le moine Bénédicte de Villume des prophéties de saint Césaire. (...)
Un jour, alors que j'avais déjà appris à lire, je décidai de commencer moi-même mon initiation. Je me glissai dans le cabinet de travail, et, grimpant sur l'échelle, je m'emparai d'un livre que je convoitais déjà depuis longtemps. La reliure en était d'une grande beauté et d'une richesse dans les ors et les vermeils qui semblait annoncer les trésors de connaissance qu'elle renfermait. Au dos du volume, il y avait quelques signes mystérieux, des triangles et des balances, le dessin d'un oeil, ainsi que la gravure reproduisant la pierre de la sagesse dont parle la Mitrah du Zohar, toute hérissée de rayons. Sur la couverture elle-même, en cuir de Damas doux et profond, incrustée d'ivoire, de nacre et de malachite, il était écrit en hébreu, langue que m'enseignait un jeune juif du Sanhédrin de kichinev, ces quelques mots qui me donnèrent la chair de poule : Traité d'éternité et du grand réveil des morts. J'hésitai. Il me semblait que par le seul geste d'ouvrir le livre j'allais réveiller quelqu'un. (...)
J'ouvris le Livre.
A l'intérieur, il y avait les comédies de M. Goldoni, publiées par le libraire Piterri de Venise.

Je demeurai bouche bée, ahuri, clignant des yeux. Il y avait là L'Honnête Aventurier, I Cavalieri di Buon Gusto, Pantalon, les Trente-Deux lazzis d'Arlequin, et bien d'autres farces joyeuses, sous le titre général, en français : Car le Rire est le propre de l'Homme.  (...) "

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