Theo

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mercredi 21 septembre 2016

Oculus

Ulysse, qu'as-tu vu dans l’œil mort du Cyclope?
L'errance - la folie - l'antre de Calypso;
Tout ce temps qui sans toi fait pâlir Pénélope;
Sous les sorts de Circé, tes marins faits pourceaux.

Ulysse, qu'as-tu vu dans l’œil mort du Cyclope?
La biche aux pieds d'airain traversant les forêts;
Sur son dos, Artémis, aux beaux yeux d'antilope
et ces corps dévêtus qui sous les palmeraies

s'embrassent dans l'ombre muette des arbres;
C'est le sein de Sappho, les cheveux de Psyché,
le prix de l'albâtre puis l'orgueil du marbre
quand les dieux eux ne cessent jamais de tricher.

Peux-tu voir de si loin les bosquets de cyprès
parsemant la vallée où serpente Achéron?
Tous ces morts avançant au son lent d'un clairon?
C'est Charon qui surgit des brumes du marais.

Peux-tu voir de si près la machine infernale
à la tête de lion, aux ailes de Pégase?
Kassandre s'écriant toujours avec emphase
dans les allées d'Ilion précédant le final?

Tout brûlera. Tout se noiera. Il faut des cendres
pour faire les déserts de sel et l'intermède.
Aux potences du ciel se balance Andromède;
Chaque larme est étoile dont l'autre vient dépendre.

Ulysse, qu'as tu vu dans l’œil noir du Cyclope?
La colère - la peur - ou la faim cannibale,
les mangeurs de loto - les ombres nyctalopes,
les Enfers résonnant de milliers de cymbales.

Ulysse, qu'as-tu vu dans l’œil noir du Cyclope?
Télés - Mac - Avaleurs de milliards de cerveaux,
Jason dans son argot, causant de l'interlope;
L'océan, recracher, tous les corps d'exquis mots.

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